Le genre Isekai est un aveu de faiblesse

Isekoi ?

Vos putains de termes de weebs de merdes

Je n’en suis pas à mon premier isekai, loin de là. Mais avant de parler d’isekai, définissons le de façon précise, en le réduisant à un élément principal de scénario très précis :

« Un isekai est un genre d’histoire où le personnage principal se retrouve transporté contre son gré dans un univers qu’il ne connait pas et dont les règles sont différentes de celles de l’univers dont il vient. »

Grosso merdo le MC traverse la route, il se fait percuter par Truck-kun et se réveille dans un autre monde qu’il ne connait pas : isekai.

TUT TUT MOTHAFUCKA

Dans ce genre on peut classer par exemple The Wandering Inn, mais également Rising of the Shield Hero, bien qu’à chaque fois aucun camion n’ait été impliqué.

Par contre ça permet d’exclure pas mal de séries qui ressemblent à de l’isekai mais n’en sont pas. Par exemple Log Horizon, car l’univers est déjà connu des personnages, c’est juste leur position par rapport à cet univers qui change, Overlord, pour la même raison, ou Sword Art Online, car ils ne sont pas téléportés, c’est juste leur esprit qui est prisonnier du jeu. On m’a même soufflé que Re:Creators pourrait être assimilé à de l’Isekai, mais ça impliquerait de considérer que le héros n’est pas le personnage principal, ce qui est plus complexe et s’éloigne de l’idée même de l’anime.

Sur ce…

J’ai donc commencé à lire The Wandering Inn…

Oui je namedrop, mais c’est avec cette série que les faiblesses du genre me sont apparues (et ce malgré le fait que la série souffre moins de certains des défauts que je vais citer plus loin par rapport à d’autres), et pour expliquer ça je vais comparer à ce qui est comparable : les isekai « medieval fantastique » vs les romans « medieval fantastique » (dans tous les cas du medfan).

Le medfan c’est un genre un peu codifié, encore que pas trop, avec ses dragons, ses orcs, ses elfes et son racisme omniprésent, reflet de notre société mais avec des peaux vertes à la place des peaux noires. Quel que soit le média, on retrouve un peu toujours ce type d’archétypes, les conflits millénaires parce que Uldrif le Troisième a insulté Hektar Fléau-d’orcs de fils de gnoll ou parce que tout le monde se réclame comme le digne hériter de l’épée de Jean-Elrond le Conquérant. Classic shit.

Totally not racist guys

Quand on aborde un media medfan « classique », les personnages connaissent déjà l’univers, et l’auteur via la narration prend le temps de présenter cet univers aux lecteurs, très souvent de cette façon.

« Jean-MC pénétra dans la gigantesque ville fortifiée de St Machin, et fit un arrêt pour se repérer à nouveau dans le dédale de ruelles crasseuses des quartiers extérieurs de la cité. Les maisons hautes, aux murs salis par la fumée et la crasse qui emplissait ces quartiers pauvres, cachait aux yeux des visiteurs la misère qui gangrénait peu à peu les basses classes sociales, écrasées par les impôts depuis la montée au pouvoir de Ragnar le 4e »

Ce type d’exposition et de narration permet de présenter l’univers au lecteur tout en évitant l’incroyable écueil du « Ah mais c’est quoi ça ? », et donne un aspect « naturel » au récit. On apprend que la ville est grande, que les cercles extérieurs sont sales, et que cela dure depuis que Ragnar le 4e est arrivé et écrase les pauvres d’impôts.

C’est simple et efficace, tout est présenté comme un élément de l’univers, certes décrit à nouveau avec parfois force détails (bisous JRR), mais à aucun moment on a un personnage qui ne pose une question con comme « Ah mais comment ça marche la magie ? » si ça ne fait pas avancer le récit. Toute question posée par un personnage ne l’est que parce que la réponse n’est pas évidente dans l’univers ou pour le personnage (pour reparler du Seigneur des Anneaux, on explique clairement ce qu’est l’anneau, car il est évident que tout le monde ne sait pas ce qu’est l’anneau du pouvoir, et surement pas le commun des hobbits. Par contre personne ne s’affole une seconde qu’existe des magiciens ou que la foret soit remplie de spectres, c’est « normal ».)

Et c’est là que le genre isekai montre sa faiblesse.

… et l’on m’a pris pour un jambon.

L’isekai, c’est une facilité de narration. Avoir un personnage qui ne connait rien de l’univers permet de s’affranchir du délicat équilibre entre les questions que les personnages peuvent poser pour présenter l’univers et celles qu’ils ne peuvent poser car ils sont censés le savoir. Ils ne savent rien, et ça arrange bien l’auteur.

Non j’ai juste inséré ma waifu, aucun rapport ici

Le héros peut passer son temps à dire « Ouah incroyable des boules de feu » et un mec va partir sur une explication détaillée du système de magie, la gestion du mana, les éléments et la couleur de la culotte de ta sœur. On s’affranchit ici du besoin de l’équilibre narratif et on laisse faire l’ignorance du personnage comme moteur pour l’exposition de l’univers.

Avec un peu de chance il aura même une interface utilisateur en surimpression de sa vision avec des HP/MP (on pense à toi Shield Hero), et l’auteur s’appuiera autant que faire se peut sur ce levier. L’UI c’est une grande astuce dans les isekai pensés pour les fans de mangas de baston car on y gagne des beaux chiffres pour pouvoir faire des classements de niveau de puissance entre Jean-Kevin le MC, niveau 14 et 104 en force, et Dark Balthazar le Ténébreux, chef de la garde de la Reine et rival devant l’éternel avec son level 1352 et ses 12297 points de force.

Bullshitus maximus

Vous vous souvenez des Power Scouters dans DBZ et leur over 9000 ? Same shit.

Power level -9000

C’est là l’aveu de faiblesse. L’auteur, qui se sent incapable de tenir son récit par la narration passive, a recours à la magie du « le perso a été téléporté ici car il est l’élu/un dieu a pris pitié de lui après son impact avec truck-kun/y a eu une erreur d’invocation/autre » (rayez la ou les mentions inutiles), et se retrouve derrière, a un moment, bien obligé d’expliquer que le fait que ça soit Jean-Kylian qui ait été sélectionné comme héros et pas un simple mec du cru est bien du a un plan supérieur, et, surtout dans le cas de Shield Hero (je n’ai pas lu toute la production excusez moi), c’est là que le scénario s’écroule sur lui-même.

Certes, vous allez me dire « Non mais ça vend du rêve à l’otaku moyen l’idée de se retrouver dans un autre univers et de se monter un harem de catgirls tout en ayant une épée de flammes +74 », mais ça n’excuse pas à mes yeux le fait que c’est souvent mal exploité et complètement bidon.

Pendant des années, la medfan ordinaire tout comme la production japonaise au sens large (LN/mangas/animes/etc) nous a vendu des MC originaires de leur monde, et on a réussi à s’y accrocher sans soucis. Après tout qui ne s’est pas un peu identifié à des personnages de Naruto, Dragon Ball ou Capitaine Tsubasa (oui, c’est du fantastique, y a des recruteurs brésiliens dans des matchs municipaux japonais et les terrains sont tellement longs qu’on y voit la courbure de l’horizon) ou n’a pas un peu rêvé d’être à leur place ?

Et pourtant ils ne sont pas arrivés là par hasard, au contraire. Pour la plupart, ils sont partis du bas, en ont chié, ils n’étaient pas l’élu, ils n’étaient pas choisis par les dieux, ne sont pas arrivés avec des pouvoirs surhumains ou une épée +14 en main.

Et si, après tout, l’isekai n’était pas plutot un aveu de faiblesse de la part du lecteur, trop impatient pour attendre que le personnage grandisse et apprenne ?

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